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Interview du Professeur Eric TRUY

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05 Jan Interview du Professeur Eric TRUY

Eric TRUY, Professeur des Universités-Praticien Hospitalier,  Chef de service ORL, Hospices Civils de Lyon

Notre site « Apprendre à mieux entendre » a pour objectif de réunir tous les professionnels de santé, les fabricants d’aides auditives ainsi que les patients déficients auditifs afin de créer une dynamique autour du monde de l’audition. Que pensez-vous du concept de ce site ?

E.T. : Un site créé par des professionnels de santé est toujours utile, mais uniquement si l’information destinée aux patients y est contrôlée et loyale. Ce site s’inscrit dans le cadre d une vision moderne de la santé, par la volonté d’intégrer le patient dans un programme d’éducation et d’adhésion thérapeutiques, et pour lui faciliter l’accès à l’information.

La prise de décision appartient in fine au patient, mais il doit être guidé . Le professionnel de santé est là pour l’informer et lui proposer des solutions. Plus un patient est correctement informé, mieux il sera soigné. L’utilité de ce site se situe dans ce cadre.

Quels conseils donneriez-vous à un patient qui souhaite se faire appareiller ?

E.T. : Il faut faire confiance aux professionnels de santé, à la fois à l’ORL pour le diagnostic et la prescription, et à l’audioprothésiste pour le choix et l’adaptation de l’appareil auditif.

Par ailleurs la démarche du patient doit être volontaire. Le patient doit prendre conscience de son inscription dans un processus de soins dans la durée , ne serait-ce que parce que son audition est amenée à se modifier. Mais aussi dans un premier temps, parce que réussir un appareillage nécessite un minimum de persévérance.

Enfin, l’appareillage doit se faire le plus rapidement possible lorsque celui-ci est envisageable. Il est très important de se faire appareiller tôt, de ne pas attendre car il peut y avoir un impact préjudiciable et irrémédiable d’un délai sur les résultats. Rappelons les avancées majeures d’études épidémiologiques récentes qui montrent l’importance de l’appareillage précoce pour lutter contre le déclin cognitif lié à l’âge.

Quelles sont vos attentes vis-à-vis des audioprothésistes dans l’accompagnement de vos patients ?

E.T. : Il leur faut trouver la meilleure solution pour le patient en essayant de bien cibler ses attentes car l’audition est une notion subjective (selon l’âge, les habitudes, le métier …). Bien sûr leurs connaissances en audiologie et de nature technologiques doivent être irréprochables. L’actualisation de leurs connaissance est primordiale dans un monde où les sciences et technologies progressent si vite. Leur approche psychologique du malentendant est aussi cruciale. Le professionnalisme doit donc couvrir plusieurs aspects indissociables. Ainsi on comprendra que la liberté du choix de la personne à laquelle on confie sa santé doit demeurer, alors qu’elle est honteusement remise en cause actuellement.

Ensuite, le suivi se fera sur de nombreuses années; l’audioprothésiste se doit d être empathique avec son patient et apte à établir une relation de confiance tout au long de cette longue période.

Enfin, il faut de la communication entre les différents professionnels de santé, car l’audioprothèse est un soin. L’appareillage ne se conçoit que comme un résultat d’un travail commun des médecins, audioprothésistes et orthophonistes au service du malentendant.

Jugez-vous donc utile que les audioprothésistes se mobilisent afin d’inscrire l’audioprothèse dans un contexte de soins ?

E.T. : L’appareillage est avant tout un acte de soins ! L’ambigüité du monde de l’audioprothèse est liée à la vente d’un dispositif. Actuellement, les patients jugent parfois le prix d’un appareillage trop élevé car ils oublient parfois l’acte de soin qui s’inscrit sur la durée : l’audioprothésiste se doit d’être disponible sur de nombreuses années pour l’entretien des appareils, pour suivre l’évolution éventuelle de la surdité, pour donner un avis sur les évolutions technologiques…

Les dispositifs de vente par internet, ou de vente à partir de magasins généralistes, ou les enseignes « lowcost » n’assurent pas cet acte de soin, se cantonnant à la vente des appareils. Cette compétitivité apparente nie toute relation entre un patient et un professionnel de santé et son importance. Il est préjudiciable pour la santé du patient de réduire l’audioprothèse à un produit marchand. Nous savons pertinemment qu’elle ne sera pas efficace si elle ne s’inscrit pas dans une démarche d’accompagnement thérapeutique.

Comment voyez-vous l’avenir de l’audioprothèse ?

E.T. : L’audioprothèse aura une place de plus en plus importante car les populations qui en ont besoin sont en augmentation (vieillissement de la population, nombre croissant de traumatismes sonores, meilleure prise en charge des patients acouphéniques). Cette augmentation démographique doit être accompagnée du maintien de la qualité de prise en charge par les seuls professionnels qualifiés que sont les audioprothésistes. Le maintien de la qualité de leur exercice sera le gage d’une population bien soignée !

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